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Incontinence urinaire - Statique pelvienne : Echographie

Extrait de "Imagerie de la vessie et de la dynamique pelvienne de la femme" Ed. Masson Chap. 6 par J-F. Lapray


CHAPITRE 6

INCONTINENCE URINAIRE STATIQUE PELVIENNE

C) ÉCHOGRAPHIE

J.F. LAPRAY

GÉNÉRALITÉS - RÉSULTATS NORMAUX

L'utilisation des ultra-sons (US) dans l'étude de l'IU a comme objectif de remplacer la cystographie dynamique en offrant en outre une imagerie en temps réel, non irradiante et avec une visibilité des tissus mous. Elle a été introduite en 1980 par White par voie sus-pubienne avec comme défaut d'être inutilisable chez les patientes obèses et surtout lorsque le col est très mobile car il disparait alors derrière la symphyse pubienne. Cette voie n'est de ce fait plus utilisée aujourd'hui dans cette indication. Il n'en reste pas moins que l'exploration échographique morphologique du pelvis garde toute sa place en présence d'un trouble statique périnéo-pelvien, d'une part pour vérifier l'absence de masse abdomino-pelvienne parfois non palpable qui peut, à elle seule, expliquer la symptomatologie et d'autre part pour préciser le volume et la structure de l'utérus. Enfin l'échographie sus-pubienne est l'examen adapté à l'évaluation du résidu post-mictionnel.

Pour l'étude dynamique, la voie sus-pubienne a laissé la place aux voies périnéale, introïtale, endovaginale et endorectale dont le but est d'apprécier la mobilité et éventuellement la morphologie du col vésical et de l'urétre au repos et à l'effort. Ces différentes voies d'abord ont des points communs et des différences (tableau VI-10, VI-11). Beaucoup d'études échographiques ont été consacrées au diagnostic positif de l'IUE (renouvelant les tentatives infructueuses de la radiologie des décennies précédentes) alors qu'il s'agit d'un des attributs de la clinique. L'intérêt des US est bien sûr, comme celui de la radiologie, d'apprécier le mécanisme de l'IU.

Technique

Une réplétion vésicale d'environ 300 cc apparaît adaptée. La patiente est généralement installée en décubitus, latéral pour la voie endorectale, et dorsal avec les genoux fléchis pour les autres voies, mais des études ont été faites en position assise (avec une chaise percée laissant libre le périnée et favorisant en outre l'étude mictionnelle) ou debout (cuisses un peu écartées), avec les 4 voies.

Des enregistrements urodynamiques sont parfois couplés avec l'étude échographique (tableau VI-10). La liaison entre l'appareil d'urodynamique et l'échographe permettant un blocage automatique de l'image lors du pic de pression à la toux ou du valsalva est particulièrement utile.

Les voies endocavitaires permettent l'utilisation de sondes de haute fréquence (7,5 Mhz) tandis que les voies périnéale et introïtale ne permettent pas des fréquences supérieures à 5 Mhz, au risque d'occulter la visibilité du col vésical (tableau VI-10).

TABLEAU VI-10. - Comparaison des techniques et des possibilités des différentes voies d'abord échographiques.

voie d'abord

périnéale

introïtale

endovaginale

endorectale

sonde (MHz)

5

5

7,5

7,5

qualité de l'imagerie

+

+

++

++

mesure directe de la mobilité du col

+

0

++

++

possibilité d'un BUD simultané

0

0

++

++

étude mictionnelle

0

0

+

+

utilisation peropératoire

0

0

0

+

TABLEAU VI-11. - Importance des artéfacts échographiques et urodynamiques en fonction de la voie utilisée

voie d'abord

périnéale

introïtale

vaginale

rectale

mobilité du col

0

0+/-

+

0

angle UVP

0

0

++

-

Pression de clôture

0

+

+

0

longueur fonctionnelle urétrale

0

++

+/-

0

transmission

0

+

+/-

0

 

Le plan de coupe est strictement sagittal guidé par la visibilité de l'urètre sur toute sa longueur, ce que facilite un repère urétral. Les coupes transversales ne possédent qu'un intérêt morphologique. La partie la plus épaisse du ligament arqué qui joint les 2 bords de la symphyse pubienne a été proposée par Béco comme une fenêtre de référence, dont l'étroitesse garantit de la désaxation sagittale pour la voie endovaginale (fig. 6-61).

FIG. 6-61. - Voie endovaginale.

Une coupe strictement sagittale (a) passe par le col, l'ensemble de la lumière urétrale (è) et le milieu de la symphyse pubienne dont le cône d'ombre est modeste (è). (b) L'importance du cône d'ombre de la symphyse pubienne témoigne d'une coupe légérement désaxée.

Les repères

Le col el l'urètre

De nombreux auteurs utilisent un repère cervico-urétral échogène pour améliorer la visibilité de la lumière urétrale et surtout des limites internes du col vésical. Un cathéter fin et souple, qui est souvent celui de l'étude urodynamique simultanée, apparaît préférable à une sonde de Foley (trop volumineuse) ou à un coton-tige (trop rigide) qui modifient l'anatomie cervico-urétrale (en particulier l'angle d'inclinaison sur l'horizontale). Hanzal montre que les catéthers urodynamiques élargissent la lumière urétrale sans modifier la position ou la mobilité du col. Si l'on n'utilise pas de repère urétral, il peut exister une confusion des limites internes du col avec la base vésicale parasagittale, et un risque de désaxation par rapport à l'urétre, en particulier lors des épreuves d'effort, source d'erreurs. Toutefois un repère artificiel peut être évité avec les sondes endocavitaires de haute fréquence qui permettent une très bonne définition de la région cervicale où le point de jonction entre la berge antérieure du col et le muscle urétral a été proposé comme point de référence du col. L'échographie prend ici effectivement un avantage sur la radiologie où les limites du col ne sont pas toujours précises, surtout en cas d'incompétence cervicale avec vésicalisation urétrale, d'autant que sur la cystographie il existe une sommation des plans sagittaux et parasagittaux.

La symphyse pubienne

Si la symphyse pubienne est bien admise comme le seul point fixe, certains systèmes de mesure n'en tiennent pas compte. Il est évident que la patiente et la sonde bougent à l'effort, surtout à la toux. Les mesures de la mobilité du col ne tenant pas compte d'un point fixe doivent être appréciées avec une grande prudence.

Les distances et les angles

normalement

La mobilité du col à l'effort se traduit chez une patiente normale par un glissement très modeste du col vers le bas et l'arrière. Il n'existe pas de seuil précis mais la valeur « normale », admise par la plupart des études est inférieure à 10 mm pour les voies périnéale, endovaginale et rectale (fig. 6-62). A l'inverse, une mobilité supérieure à 10 mm est présente chez 66 à 97% des IUE et serait toujours absente chez les continentes. Il existe en fait des chevauchements quelles que soient les méthodes. Le col apparaît plus bas au repos chez les femmes enceintes dès le premier trimestre, sans hypermobilité contrairement à l'IUE. Les résultats des études en post-partum sont encore assez contradictoires.

Les mesures

La mobilité du col à l'effort est évaluée de façon diverse selon les études :

- soit de façon unidirectionnelle entre le point de départ et d'arrivée du col;

- soit en mesurant les 2 dimensions au repos et à l'effort à partir du milieu de la symphyse sur une ligne horizontale comme le suggère Béco avec la mesure du glissement du col (fig. 6-63);

- soit avec un système de construction orthogonale décomposant les 2 mouvements de descente et de recul du col (fig. 6-64).

FIG. 6-62. - Mobilité normale du col vésical.

La distance franchie par l'orifice interne du col entre le repos (a) et la poussée (b) est de 4 mm. Mesure par rapport à la symphyse pubienne (è). Voie endovaginale, sonde linéaire.

FIG. 6-63. - Mesure du glissement du col. Voie endovaginale.

Le déplacement du col entre le repos (a) et la poussée (b) correspond à l'addition des deux distances A et B mesurées par rapport à l'axe O de la symphyse pubienne (ligament arqué) ou à la soustraction A - B si le col ne dépasse pas l'axe O à l'effort. d'après Béco.

FIG. 6-64. - Mesure orthogonale de la mobilité du col. Voie périnéale.

L'axe des abcisses x est construit en traçant une ligne entre les bords inférieur et supérieur de la symphyse pubienne et l'axe des ordonnées y est traçé perpendiculairement au bord inférieur de la symphyse. Dx et Dy permettent de mesurer les différentes positions du col respectivement par rapport à l'axe des y et des x. b = angle UVP. d'après Schaer.

D'autres auteurs comme Meyer estiment que le système à double coordonnée ne s'impose pas dans la mesure où il existe une forte corrélation entre le déplacement à la fois vertical et postérieur du col.

L'angle de rotation du col est aussi utilisé pour l'appréciation de sa mobilité : L'angle pubo-vésical est formé par la ligne pubo-vésicale et l'horizontale menée par le bord inférieur de la symphyse pubienne. Il apprécie la situation du col au repos et à l'effort et donc sa mobilité. Il est considéré, par voie endorectale, comme normal avec une valeur de 10° au repos et avec une augmentation de moins de 15° à l'effort, et pathologique avec une valeur de 20° au repos ou une augmentation de 20° à l'effort (fig. 6-65).

FIG. 6-65. - Mesure de la mobilité du col par l'angle pubo-vésical. Voie endorectale.

Position du col vésical au repos (COL 1) et à l'effort (COL 2). La distance pubovésicale LPV est mesurée entre la symphyse pubienne (SP) et le col. L'angle formé par la LPV et l'axe des abcisses x définit l'angle pubovésical (APV). d'après Kuo.

L'ouverture du col en entonnoir (funneling) est définie par l'ouverture de l'urètre proximal visible avec deux lignes très nettes s'écartant l'une de l'autre (fig. 6-66).

FIG. 6-66. - Hypermobilité du col et « funneling ».

Voie endovaginale, sonde sectorielle. (a) absence de trouble statique. (b) hypermobilité et large ouverture du col. Symphyse pubienne (è).

 

D'autres mesures ont été utilisées :

- La distance pubo-vésicale qui joint la symphyse pubienne à la jonction urétro-vésicale (méat urétral interne).

- L'angle d'inclinaison de l'urètre par rapport à l'horizontale, qui s'inverse en cas de déroulement urétral, est peu utilisé.

- L'angle urétro-vésical postérieur (UVP) d'environ 90 - 110°, utilisé par Green pour grader l'IUE sur les cystographies à chaînette, a un côté formé par l'axe de l'urètre et l'autre par au moins le 1/3 de la base vésicale rétrocervicale. Il est surtout étudié par la voie périnéale (et jamais par voie endovaginale du fait des artefacts de compression). Il est évidemment très discuté comme critère isolé, en particulier du fait des discordances en valsalva.

VOIE PÉRINÉALE

Technique

L'examen est réalisé avec une sonde de 3,5 ou 5 MHz. La position debout est préférable au décubitus dorsal. Schaer a proposé de remplacer le repère urétral généralement nécessaire dans cette voie par l'utilisation des produits de contraste échographiques (échovist ®) qui non seulement améliorent la visibilité du col et de la base vésicale, et donc des cystocèles et des urétrocèles, mais révèlent des fuites urétrales avec une ouverture du col invisible sans apport de contraste (fig. 6-67). Il est nécessaire de réaliser l'examen immédiatement après une perfusion lente du produit de contraste effectuée juste au dessus du col (pour éviter la dilution dans la vessie) et sur une patiente debout (pour que le contraste ne sédimente pas sur la face postérieure de la vessie).

FIG. 6-67. - Échographie périnéale avec contraste. Incompétence du col.

Debout, sonde 3,5 Mhz. (a) repos. (b) poussée après injection vésicale d'Échovist ®. Pas de mobilité du col. L'incompétence du col est soulignée par le produit de contraste (è). u = urètre. S = bord inférieur de la symphyse pubienne.

Mesures et artéfacts

Les études mesurent la mobilité du col avec 1 ou 2 mensurations et parfois l'angle UVP.

Si la voie périnéale ne provoque aucun mouvement de la sonde à l'effort, ne limite pas le mouvement du col, et donne une vue d'ensemble de la filière vésico-urétrale, elle ne donne que des images de qualité médiocre comparativement aux explorations endocavitaires (tableau VI-10). Elle nécessite une assez grande expérience de l'opérateur.

Résultats

La position du col au repos et à l'effort semble plus basse, mais surtout la mobilité du col vers l'arrière et le bas est plus importante chez les femmes présentant une IUE par rapport aux populations de contrôle bien que ceci manque de spécificité (fig. 6-68). Il existe de bonnes concordances avec la cystographie de la mesure des angles et de la descente du col mais des discordances lors du valsalva pour l'angle UVP, l'incompétence du col, et la descente de la base (l'urétre s'écarte plus du pubis et le col descend moins avec les US). La validité de l'angle UVP est bien sûr plus contestée comme reflet isolé de l'IUE.

FIG. 6-68. - Voie périnéale. Mobilité du col.

(a) Au repos, le col vésical (è) en position normale, vient en poussée (b) à l'aplomb de la symphyse pubienne (s) avec un aspect en entonnoir.

Une classification (Schaer) en 4 stades des cystocèles, superposable à celle utilisée en clinique et en radiologie peut être appliquée : stade 0 (pas de descente visible de la base vésicale), stade 1 (descente de la base qui n'atteint pas l'introït), stade 2 (la base arrive à l'introït), stade 3 (descente sous l'introït) avec refoulement de la sonde d 'échographie (fig. 6-69). Une urétrocèle est diagnostiquée si le col et l'urètre font un mouvement vers le bas de plus de 10 mm.

FIG. 6-69. - Voie périnéale.

Cystoptose (è) de stade 2 en poussée. Col vésical (è).

VOIE INTROÏTALE

L'échographie introïtale introduite par Koelb et Bernaschek en 1989 est une sorte de compromis entre la voie périnéale et la voie endovaginale, avec la mise en place d'une sonde sectorielle placée immédiatement sous le méat urétral, au niveau de l'introït. Elle provoque facilement par impaction de l'urètre dans la vessie et sur la symphyse pubienne une élévation du col, une diminution de l'angle UVP, et une augmentation de la pression de clôture (tableau VI-11). Le col est assez mal vu par cette voie qui nécessite donc un repère urétral, mais elle permet une appréciation des cystocèles et des entérocèles nettement supérieure aux voies endocavitaires (fig. 6-70).

Cette méthode a été corrélée positivement et négativement avec la cystographie. Elle s'attache plus à la mesure des angles (angle urétro-vésical postérieur et angle d'inclinaison de l'urètre) qu'à la vision de la mobilité réelle du col, raccourcit la longueur urétrale dont le 1/4 distal n'est pas visible, et devient impossible en cas de cystocèle extériorisée. Elle nécessite une grande expérience pour garder un contact délicat tout en évitant le glissement de la sonde aussi bien au repos qu'à l'effort, et ne permet donc pratiquement pas la réalisation d'enregistrements urodynamiques simultanés.

FIG. 6-70. - Voie introïtale.

(a) Cystoptose (è) de stade 2 au repos et (b) de stade 3 en poussée, la cystocèle refoule la sonde, la symphyse (S) n'est plus visible. Orifice du col (Ø). Cystographie chez la même patiente au repos (c) et en poussée (d).

VOIE ENDOVAGINALE

Technique

L'examen est réalisé avec une sonde linéaire ou sectorielle de 7,5 Mhz, au repos ou à l'effort (Valsalva, toux). La sonde, dont l'extrémité ne doit pas être introduite plus de 1 cm au-delà du col vésical, peut être, en décubitus, fixée sur un support mais doit être mobile dans le plan horizontal lors des efforts. La patiente est examinée en décubitus dorsal avec les genoux fléchis, assise ou debout. La jonction vésico-urétrale est souvent repérée par un cathéter, en particulier d'urodynamique, une sonde de Foley ou un coton-tige. Le pubis est le point de référence.

Mesures et artéfacts

Les études s'attachent surtout à mesurer la mobilité du col à l'effort par la mesure du glissement du col ou de l'angle de rotation ainsi que la morphologie de la jonction vésico-urétrale. La mobilité est mesurée à partir du point fixe du milieu de la symphyse pubienne, dans le plan horizontal, ou dans les plans horizontaux et verticaux.

Des comparaisons avec la cystographie ont été effectuées avec des corrélations satisfaisantes pour la mobilité du col mais avec un avantage pour les sondes sectorielles (fig. 6-66) qui peuvent ne pas être introduites complétement contrairement aux sondes linéaires qui donnent cependant les meilleures images (fig. 6-72). Le problème est en effet celui de la distorsion vésico-urétrale créée par la sonde qui ne doit en outre pas gêner les mouvements du col à l'effort, rendant cet examen très opérateur-dépendant (fig. 6-71). Les artéfacts ont été étudiés et sont connus : diminution de l'angle de l'urètre avec l'horizontale comparativement au Q-tip test, augmentation de l'angle UVP (plus que par voie rectale) qui ne peut être utilisé et, sur le plan urodynamique, augmentation de la pression de clôture pendant la toux (tableau VI-11). Ces artéfacts sont très majorés si le vagin est étroit, peu compliant et surtout court (après certaines interventions chirurgicales) nécessitant alors l'utilisation de la voie endorectale. A ces artéfacts techniques connus, peuvent s'ajouter des artéfacts liés aux mesures (tableau VI-11).

FIG. 6-71. - Cystographie : tampon intravaginal.

En poussée, la présence du tampon intravaginal (a) masque une très nette incompétence du col avec fuite après ablation du tampon (b).

FIG. 6-72. - Mobilité du col (voie endovaginale. sonde linéaire).

Mobilité du col (è) d'environ 2 cm entre le repos (a) et la poussée (b) mesurée sur l'horizontale avec le repère de la symphyse pubienne (è). Ouverture du col en poussée.

FIG. 6-73. - Mobilité du col. Funneling. Fuites

(a) Au repos, petit repli de la lèvre antérieure du col. (b et c) En poussée descente du col, funneling et début des fuites. Symphyse pubienne (è). Voie endovaginale, sonde linéaire.

En présence d'un prolapsus utérin important, l'échographie endocavitaire perd beaucoup de son intérêt du fait des perturbations anatomiques qu'elle engendre.

Résultats[YM1] 

- Dans l'IUE par trouble statique, le col est décrit plus bas et plus postérieur au repos et la majorité des études s'accordent pour une valeur > 1 cm pour définir l'hypermobilité du col (fig. 6-66, 6-72, 6-73). Béco propose une valeur de 5 mm avec une méthodologie très rigoureuse et un matériel très spécialisé pour diminuer au maximum les artefacts.

- L'incompétence du col est suggérée par l'aspect en entonnoir du col vésical (fig. 6-74) mais il faut signaler qu'une des lacunes de l'échographie est de ne pas révéler en l'absence de BUD simultané une contraction détrusorienne associée parfois visible à la cystographie. La fuite d'urines n'est pas toujours échographiquement évidente.

FIG. 6-74. -Ouverture du col en poussée chez la même patiente par voie périnéale (a) et endovaginale (b). Bord inférieur de la symphyse pubienne (è).

- En post-opératoire, les US ont été utilisés pour contrôler la correction de la position du col (fig. 6-75) ainsi que pour visualiser la position correcte des bandelettes ou du matériel prothétique. Mais, si les examens montrent qu'en cas de colposuspension efficace le col est ascensionné et fixé alors qu'en cas de colporraphie vaginale le col reste mobile, l'échographie apparaît plus discrimininative selon Jacquetin du type d'intervention effectuée que de son succès ou de son échec.

FIG. 6-75. - Contrôle après colposuspension (Burch).

Voie endovaginale, sonde sectorielle. Absence de mobilité du col entre le repos (a) et l'effort (b). La base vésicale s'aplatit en poussée. Symphyse pubienne (è).

- En dehors de l'IUE par touble statique, des résultats ont été décrits : Dans l'insuffisance sphinctérienne, l'enregistrement du pouls urétral est corrélé par Béco avec une PC > 30 cmH20. La fibrillation d'une structure musculaire prépubienne et l'épaisseur de la paroi vésicale ont été évoquées comme signes d'une instabilité.

La voie endovaginale peut aussi permettre une étude mictionnelle à la recherche d'une cause de dysurie ainsi que le contrôle de la position des capteurs d'enregistrement d'électromyographie sphinctérienne urétrale.

En somme, la voie endovaginale reste un examen assez spécialisé, nécessitant une expérience et des connaissances en urodynamique.

VOIE ENDORECTALE

Technique

L'examen est réalisé en décubitus, en position assise ou debout, avec une sonde de haute fréquence, et souvent un repère urétral. Elle est d'acceptation plus difficile par les patientes pour son inconfort.

Mesures et artéfacts

Les mesures concernent la mobilité du col, l'angle urétro-vésical postérieur et l'angle de rotation, ainsi que l'appréciation de l'ouverture du col.

La voie endorectale donne des informations similaires à celles de la voie endovaginale avec parfois des artéfacts liés aux gaz rectaux, en particulier pendant le valsalva, mais avec des artéfacts de compression sur le col et l'urétre nettement moins importants (fig. 6-76). Elle ne semble pas créer d'artéfacts urodynamiques (tableau VI-11). En cas de rotation antérieure de l'urètre, la voie endovaginale avec sonde sectorielle est un bon complément des coupes sagittales obtenues par voie endorectale qui ne donnent qu'une vision assez médiocre de l'orifice interne du col.

FIG. 6-76. - Hypermobilité du col par voies endovaginale et endorectale chez la même patiente.

Voie endovaginale (a,b) et endorectale (c,d) au repos (a, c) et à l'effort (b,d). La cloison vésico-vaginale est moins aplatie à l'effort et la rotation du col autour de la symphyse est mieux visible par voie endorectale (d) que par voie endovaginale (c).

Résultats

Bergman a montré en 1989 que l'IUE s'accompagnait d'une descente du col de plus d'1 cm, avec une sensibilité de 86% et une spécificité de 91%. Dans une étude comparative, la sensibilité est identique à la cystographie à chaînette (94 et 97%) mais l'échographie présenterait une meilleure spécificité (96% et 76%). Bien que la position plus basse du col et une mobilité plus importante soient en rapport avec l'IUE, une mobilité voisine de 1 cm a toutefois été trouvée dans des groupes de contrôle. L'angle de rotation pubo-vésical (fig. 6-65) mesuré par Kuo augmente avec la sévérité de l'IUE, mais il ne retrouve pas, de même que Mostwin de modification significative de la distance symphyse-col comme le suggère Mouritsen. La voie endorectale permet la visualisation des entérocèles (fig. 6-77).

FIG. 6-77. - Entérocèle. Voie endorectale.

(a) Repos. (b) En poussée refoulement vers l'avant de la lumière vaginale (è) par l'entérocèle (s) contigüe à l'urètre.

L'échographie endorectale a été utilisée en peropératoire dans les cures d'incontinence en réalisant les sutures sous contrôle d'un angle UVP fixé à environ 90°.

VOIE ENDO-URÉTRALE - 3D - DOPPLER-COULEUR

L'examen avec des sondes de très haute fréquence (20 Mhz) dans une étude de Kirschner-Hermann chez 32 femmes présentant une IUE montre une corrélation entre la diminution de la surface et de la circonférence (< 2,8 cm) du sphincter strié et le grade de l'incontinence par rapport à 12 femmes normales.

Ces constatations sont à rapprocher d'études par voie périnéale en 3D montrant des zones hyperéchogènes interrompant la régularité du cercle hypoéchogène du sphincter dans des IUE sévères, et d'études par voie endorectale (Noble) objectivant une augmentation de volume du sphincter (normalement < 2 cm3) chez les femmes dysuriques par obstruction avec activité EMG anormale du sphincter.

Des études faites avec doppler couleur semblent montrer que la vascularisation du bas fond vésical est diminuée en cas d'IUE et que la vascularisation péri-urétrale diminue avec l'âge et en cas d'IUE.

VOIE ENDO-ANALE

L'examen est effectué avec une sonde rotative de 360°, de 7,5 à 12 Mhz. Il recherche, au repos et pendant la contraction, des ruptures de l'anneau très hypoéchogène du sphincter interne, qui est lui-même entouré par la couche périphérique hyperéchogène du sphincter externe (fig. 6-78). Il s'agit d'un examen très important dans le bilan de l'incontinence anale. Les lésions sont fréquentes (35% dans l'étude de Sultan) après un premier accouchement normal et augmentent en cas de forceps. L'utilisation de la voie endovaginale pour la détection les anomalies du sphincter anal est controversée.

FIG. 6-78. - Échographie endo-anale. Lésion sphinctérienne mixte (post-obstétricale).

Le sphincter interne hypoéchogène (è) et le sphincter externe hyperéchogène (è) sont rompus dans leur portion antérieure (í).

AU TOTAL

Sur le plan technique, l'échographie dynamique apparaît, encore plus que les autres méthodes d'investigation, comme un examen très « opérateur-dépendant », d'autant qu'il n'existe pas de standardisation pour une voie donnée. On note dans les différentes études, pour chaque voie, des variations dans le type et la fréquence des sondes utilisées, dans la position de la patiente, dans les méthodes de mesure et d'obtention de l'effort et dans les critères d'évaluation, ce qui doit rendre vigilant dans l'appréciation et la comparaison des résultats des publications.

Dans les différentes voies d'abord, la qualité de l'imagerie est inversement proportionnelle à la possibilité d'artéfacts. La voie endorectale apparaît comme le meilleur compromis, mais c'est celle dont l'acceptation est la moins facile par la patiente.

Les voies externes permettent l'appréciation de la ptose vésicale , mais la vision de l'échographie endocavitaire est souvent limitée au col et à l'urètre. L'échographie n'est, de toute façon, pas adaptée à l'étude des prolapsus des autres étages.

Facilement disponible, de coût modeste, non irradiante, l'échographie reste cependant le moyen le plus simple d'exploration de la pathologie péri-urétrale, où ses indications doivent être larges. Elle semble représenter plutôt un bon complément du BUD qu'une investigation isolée de l'IU.

 

BIBLIOGRAPHIE

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