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Lésions inflammatoires et infectieuses de la vessie

Extrait de "Imagerie de la vessie et de la dynamique pelvienne de la femme" Ed. Masson Chap. 4 par J-F Lapray


B) LÉSIONS INFLAMMATOIRES ET INFECTIEUSES

J.F. LAPRAY

CYSTITES SIMPLES - CYSTITES COMPLIQUÉES

 

Les cystites sont un ensemble hétérogène d'affections comportant une inflammation aiguë ou chronique de la paroi vésicale. Le rôle de l'imagerie, en dehors de quelques cas particuliers, n'est pas dans le diagnostic positif où la bactériologie et la cystoscopie ont le premier rôle, mais dans le dépistage des causes et l'évaluation du retentissement afin de déterminer la meilleure prise en charge thérapeutique.

L'imagerie n'est pas nécessaire dans la cystite aiguë simple (ou sans risque), en l'absence de contexte particulier, qui frappe une femme sur deux dans sa vie et qui s'oppose à la cystite aiguë compliquée (ou à risque de complications) lorsqu'existent des facteurs de risques locaux : présence d'une sonde vésicale, d'un résidu supérieur à 100 ml, d'une uropathie malformative ou obstructive (vessie neurologique, lithiase, tumeur) ou un terrain particulier (diabète, insuffisance rénale, immunodépression, neutropénie, polykystose rénale). Dans ce groupe rentrent les cystites de la femme enceinte et les cystites récidivantes (10 % des cas) définies par la survenue de plus de 4 épisodes annuels.

La cystite aiguë simple

La cystite aiguë simple due dans 90 % des cas à Escherichia Coli est responsable de la triade classique : brûlures mictionnelles, pollakiurie et pyurie, avec parfois une hématurie, et n'implique pas d'imagerie avant une évolution favorable par un traitement court monodose ou de 3 jours. L'échographie et la cystographie ne montreraient d'ailleurs pas d'anomalie en dehors de quelques signes d'irritation vésicale avec une paroi vésicale discrètement irrégulière et épaissie, parfois un aspect pseudopolypoïde, et une réplétion souvent douleureuse et incomplète (fig. 4-16, 4-17). La TDM pourrait montrer une image annulaire hyperdense à la partie interne de la paroi traduisant l'hypervascularisation de la muqueuse. En IRM la paroi vésicale inflammatoire a été décrite in vitro par Narumi avec 2 bandes en dedans de la musculeuse dont la plus interne correspond à l'épithélium épaissi apparaissant en hypersignal en T1 et en hyposignal en T2.

FIG. 4-16. - Cystite aiguë simple.

UIV. Petites irrégularités diffuses de la paroi vésicale.

FIG. 4-17. - Aspect pseudopolypoïde de la paroi sur le cliché post-mictionnel lors d'une cystite aigue hématurique.

Les cystites récidivantes et compliquées

Les cystites récidivantes (qui ne sont dues que dans 70 % des cas à Eschirichia Coli de même que les cystites compliquées (ou à risque de complication) nécessitent, à côté d'un examen clinique avec interrogatoire soigneux et d'une CBU, un bilan radiologique : le bilan initial comportant ASP et échographie rénale et pelvienne, souvent associé à une urétrocystoscopie et un calibrage urétroméatique, précédera la réalisation éventuelle d'une cystographie et/ou d'une UIV.

Ces examens doivent répondre à la question : existe-t-il un substratum anatomique ou fonctionnel à la répétition des infections urinaires ? en gardant à l'esprit d'une part que certaines anomalies fortuitement dépistées n'ont pas de rapport avec les infections urinaires et que d'autre part de multiples lésions du bas appareil urinaire peuvent se révéler par une symptomatologie de « cystite ».

Dans les cystites compliquées ou à risque le bilan nécessitera les précautions inhérentes au terrain afin d'éviter les complications iatrogènes (hydratation chez le diabétique et réduction des doses injectées de produit de contraste chez l'insuffisant rénal, irradiation minimum chez la femme enceinte).

L'abdomen sans préparation notera la présence d'un encombrement stercoral colique parfois lié aux boissons insuffisantes qui est comme d'autres facteurs (rôle des rapports sexuels, hygiène vaginale insuffisante ou excessive, tampons vaginaux, habitudes vestimentaires, mictions trop espacées) souvent retrouvés dans l'atmosphère des infections urinaires récidivantes, ce qui a parfois conduit à la définition d'un psychisme particulier. L'examen recherchera d'éventuelles lithiases urinaires sans oublier l'analyse de la charnière lombosacrée (vessie neurologique).

L'échographie rénale note l'atrophie rénale, les signes de pyélonéphrite chronique ou une dilatation et, en cas de complication aiguë des foyers infectieux rénaux ou périrénaux qui vont conduire à la réalisation d'une TDM et/ou d'une UIV ou d'un uroscanner (fig. 4-18). L'examen pelvien analyse la lumière vésicale (débris purulents, lithiases, air), les parois (épaisseur, diverticules, tumeurs...) et la région périvésicale (abcès...) ainsi que l'utérus et les annexes (kyste ovarien chez la femme ménopausée). Il est utilement complété par voie endovaginale qui permet en outre une analyse de l'urètre à la recherche d'un diverticule urétral (fig. 4-19).

FIG. 4-18. - Pyélonéphrite aiguë multifocale.

TDM après injection. Néphromégalie droite (s) avec foyers d'hypodensité, sans signe d'abcédation.

FIG. 4-19. - Infections urinaires récidivantes depuis une intervention chirurgicale colique 6 mois auparavant.

(a) Cystographie : petite vessie de 250 cc, déformée, avec reflux rénal droit. (b) Echographie endovaginale : sédiments échogènes de l'urine intra-vésicale (­) et surtout lithiase radiotransparente de 20 mm (è) invisible par voie percutanée (masquée par la symphyse pubienne et les cicatrices).

L'UIV a bien sûr son intérêt dans toute pathologie rénale en particulier obstructive décelée par l'échographie. Elle permet aussi le bilan de l'éventuel retentissement des infections urinaires (séquelles de pyélonéphrite chronique) ou la découverte de la cause (tuberculose). Elle comporte comme la cystographie, qui a par contre l'avantage de montrer un éventuel reflux vésico-urétéral, des clichés mictionnels. Ces deux examens avec la cystoscopie complètent pour l'imagerie le bilan à la recherche d'un foyer infectieux ou de sa genèse au premier des rangs desquels se trouve souvent pour une vessie native le résidu post mictionnel : par défaut du détrusor (vessie neurologique ou grande vessie hypotonique), par trouble statique (cystoptose), par obstacle sous vésical (diverticule urétral, sténose urétrale avec en premier lieu la sténose du méat, dépistée à l'examen clinique et confirmée par le calibrage urétral mais aussi par sclérose cervico-urétrale).

Il n'est pas exceptionnel que l'imagerie adaptée ne mette pas en évidence d'anomalie justifiant une thérapeutique spécifique confirmant une probable susceptibilité individuelle (adhérence des bactéries à la muqueuse vésicale) mais ces mécanismes encore non totalement élucidés ne doivent pas faire méconnaître l'efficacité de traitements simples et donc la recherche d'une cause facilement curable.

Cette démarche se rapproche de celle qui doit être employée vis à vis des « cystalgies à urines claires » où le praticien doit se garder de deux excès : l'attitude thérapeutique agressive ou une conclusion psychiatrique en l'absence d'enquête étiologique complète, car le profil psychologique peut n'être que le retentissement d'un calvaire douloureux. En particulier, l'absence d'anomalie dans les examens d'imagerie et l'absence de bactériurie ne permettent pas d'éliminer une cystite interstitielle.

Chez la femme enceinte, la vigilance s'impose du fait du risque de pyélonéphrite aigue (PNA) avec ses dangers fœto-maternels : l'indication de l'échographie est systématique en cas de PNA, parfois complétée par une TDM rénale, avec protection plombée de l'utérus, s'il existe des signes de gravité. La recherche d'un obstacle urétéral a largement recours à l'échographie, voire à l'IRM. Les clichés d'UIV sont limités, guidés par l'importance de la dilatation de la voie excrétrice (0, 10 mn, 30 mn et tardif). La pose d'un drainage rénal ou périrénal ou d'une néphrostomie est effectuée si possible sous guidage échographique.

CYSTITE À ÉOSINOPHILES

Il s'agit d'une forme rare d'inflammation de la vessie, d'étiologie inconnue où l'on reconnaît parfois un terrain d'allergie. Elle se manifeste par un cortège de signes urinaires du bas-appareil sans spécificité : hématurie, dysurie, pollakiurie, douleurs sus-pubiennes.

Le diagnostic est assuré par la biopsie montrant une inflammation à éosinophiles qui peut toucher toutes les couches de la vessie avec même une nécrose de la couche musculaire.

L'UIV et l'échographie ne montrent pas d'anomalie particulière en dehors d'une éventuelle dilatation urétéropyélocalicielle s'il existe une atteinte des méats, parfois un reflux vésico-urétéral ou des images lacunaires vésicales.

Le scanner pourra montrer d'une part une masse pariétale en imposant pour une tumeur de vessie d'autant qu'il existe parfois des adénomégalies, et parfois un épaississement diffus et irrégulier de la paroi interne et externe avec un rehaussement important après injection et une infiltration de la graisse périvésicale avec de petites flammèches linéaires. Le diagnostic différentiel est bien sûr celui d'une lésion tumorale vésicale en particulier infiltrante.

Le traitement comporte l'association d'anti-inflammatoires, de corticoïdes, d'antihistaminiques, parfois d'antibiotiques ou même la chirurgie.

CYSTITE EMPHYSÉMATEUSE

La cystite emphysémateuse est une forme d'infection urinaire rare, plus fréquente chez la femme que chez l'homme, caractérisée par la présence d'air dans la paroi ou la lumière vésicale.

La présence de gaz est due chez les diabétiques à la production de CO2 résultant de la fermentation du glucose et, en l'absence de glycosurie, à la dégradation de l'albumine par Eschirichia Coli (enterobacter et d'autres germes peuvent être en cause).

Le diagnostic est essentiellement radiologique car le tableau clinique qui est habituellement celui d'une cystite banale n'est pas évocateur en dehors de la pneumaturie qui est rare et qui doit surtout dans un tableau septique faire éliminer une fistule. On peut parfois percevoir une masse pelvienne médiane douloureuse.

L'ASP est typique lorsqu'une bande d'hyperclarté irrégulière de quelques millimètres d'épaisseur dessine les contours vésicaux et qu'un niveau hydroaérique signe la présence d'air dans la lumière vésicale en position debout.

L'échographie met en évidence au sein d'une paroi vésicale épaissie les bulles d'air avec cône d'ombre et parfois des îlots polypoïdes dans la lumière.

Mais l'illustration la meilleure est celle offerte par la TDM (fig. 4-20) ou l'IRM (fig. 4-21) qui montre, outre, le niveau hydroaérique intravésical, les multiples bulles d'air dans la paroi épaissie. Elle permet d'éliminer une fistule digestive ou gynécologique qui peut comme les traumatismes en particulier iatrogènes (fig. 4-91) provoquer les mêmes aspects.

La régression peut être rapide et complète si l'institution d'un traitement antibiotique précoce et adapté, est associée à un drainage correct des urines et à celui d'une éventuelle pathologie organique sous jacente (neuropathie vésicale des diabétiques, vessie neurologique, infection urinaire chronique...).

FIG. 4-20. - Cystite emphysémateuse.

TDM avant injection. Vessie distendue sur obstacle avec multiples bulles d'air intrapariétales et dilatation urétérale droite.

FIG. 4-21. - Cystite chronique emphysémateuse hyperkératosique.

Pneumaturie. L'IRM (coupe axiale T2), effectuée pour éliminer une fistule, montre le niveau hydro-aérique (absence d'exploration rétrograde préalable).

CYSTITE INTERSTITIELLE

Il s'agit d'une affection rare, frappant surtout la femme d'âge moyen, d'étiologie inconnue, bien que de multiples hypothèses aient été avancées, en particulier vasculaire ou auto-immune, d'autant qu'il existe des associations décrites avec le lupus érythémateux disséminé et la sclérodermie. Elle est définie par une triade : syndrome d'irritation mictionnelle chronique et inexpliquée (avec pollakiurie intense, urgences mictionnelles et douleurs sus-pubiennes ou pelviennes), urines stériles et acellulaires, signes typiques à la cystoscopie avec au début des taches sous muqueuses hémorragiques. Parfois les symptômes durent plusieurs années avant que ne surviennent les lésions anatomiques portant sur toutes les couches de la paroi vésicale, entraînant des ulcérations de la muqueuse (ulcère de Hunner) et une sclérose intense des autres couches rétractant ainsi la vessie. Cette vessie est parfois si rétractée qu'elle entraîne une rétrodilatation des uretères favorisée encore par l'atteinte de leur orifice. La cystoscopie permet des biopsies qui, associées aux frottis urinaires répétés, doivent éliminer un carcinome in situ (CIS).

L'imagerie, en général déjà effectuée au moment du diagnostic, est non spécifique, et a deux buts :

1) éliminer une autre affection : tuberculose et tumeur de vessie, endométriose, etc...

2) disposer d'une référence avant traitements qui sont multiples : cystolyse, infiltration périvésicale, distension vésicale etc, traitement médicamenteux jusqu'à une chirurgie majeure : entérocystoplastie d'agrandissement si le trigone est intact ou sinon dérivation urinaire.

Il n'y a donc dans les formes initiales aucune anomalie pour les différents examens d'imagerie (fig. 4-22).

FIG. 4-22. - Cystite interstitielle.

Vessie de 250 cc avec très importantes douleurs en réplétion.

Pour les formes évoluées, il s'agit d'une petite vessie ronde, parfois déformée avec des douleurs évocatrices dès le début du remplissage et s'accompagnant parfois d'un reflux urétéral (fig. 4-23). La capacité est parfois minime (fig. 4-24) (allant jusqu'à 25 cc) et l'atteinte urétérale est souvent plus produite par la sténose des méats que par une lésion urétérale primitive bien que celle-ci ait été décrite.

FIG. 4-23. - Cystite interstitielle.

Contours irréguliers, pseudo-tumoraux (è). La patiente a déjà subi plusieurs distensions vésicales.

FIG. 4-24. - Cystographie. Petite vessie rétractée de cystite interstitielle avec reflux dans l'uretère droit dilaté par sténose intra-murale d'aval.

CYSTITE INCRUSTANTE

La cystite incrustante - ou cystite nécrosante calcifiée - est devenue très rare depuis l'utilisation des antibiotiques. Atteignant deux fois plus la femme que l'homme, elle est caractérisée par la déposition de sels calciques au niveau d'ulcérations et de nécrose de la muqueuse vésicale.

La production d'urée par des germes (B. proteus amoniae) augmente le pH des urines (« alkaline-encrusted cystitis » des anglosaxons ) et provoque les dépôts de phosphates sur les ulcérations et les foyers de nécrose, à l'heure actuelle généralement sur des lésions préexistantes (cystite radique ou médicamenteuse).

Les signes cliniques d'une cystite parfois grave sont retrouvés avec émission de débris membraneux qui correspondent aux calcifications.

L'ASP, l'échographie et la TDM montrent des foyers de calcifications dans une paroi vésicale épaissie et irrégulière avec parfois des lambeaux muqueux et des débris dans la lumière (fig. 4-25). Le diagnostic différentiel se fait avec la bilharziose, la tuberculose, des corps étrangers, etc...

FIG. 4-25. - Cystite incrustante.

ASP : cystite incrustante après radiothérapie avec multiples calcifications pariétales.

L'évolution peut se faire vers une fibrose rétractile responsable d'une petite vessie scléreuse entraînant une sténose des méats urétéraux avec dilatation du haut appareil.

TUBERCULOSE

Maladie d'un appareil plutôt que d'un organe la tuberculose urinaire est caractérisée par des lésions creusantes au niveau du parenchyme rénal et sténosantes sur la voie excrétrice. L'UIV en illustrant les images pathognomoniques du haut appareil est un élément indispensable au diagnostic : l'atteinte du bas appareil, sans signe spécifique au début chez la femme, est secondaire à l'atteinte du haut appareil.

La tuberculose urinaire doit être évoquée, d'autant qu'elle est moins rare qu'on ne le pense, qu'elle n'est pas réservée à une population socio-économique ou migrante, que sa révélation la plus fréquente chez la femme est la cystite, souvent intense sur le plan douloureux, avec pyurie « aseptique », mais qui peut être banalisée, d'autant que le BK n'est pas forcément trouvé d'emblée (et nécessite la répétition des recherches et des cultures), d'autant que le délai entre la primo-infection et l'épisode urinaire est parfois très long, d'autant enfin que l'UIV sous la poussée de l'échographie et de la TDM est un examen qui tombe à tort en désuétude.

Les lésions vésicales radiologiques ont été abondamment décrites par Couvelaire et Cibert dans les années 50.

Au stade initial

Il s'agit de lésions muqueuses, traduisant les anomalies cystoscopiques d'une cystite banale, parfois pseudo-tumorale, surtout au niveau du trigone avec granulations autour des orifices urétéraux et donnant sur le plan radio/échographique des contours déchiquetés, un aspect « crispé » souvent mentionné dans la littérature, une vessie trop ronde et parfois une dilatation urétérale débutante par oedème méatique ou sténose urétérale (fig. 4-26, 4-27). Ces lésions cèdent remarquablement à l'antibiothérapie spécifique soulignant l'intérêt d'un diagnostic précoce où les lésions rénales et urétérales montrées par l'UIV seront un argument majeur du diagnostic.

FIG. 4-26. - a : aspect déchiqueté des contours de la partie droite de la vessie (è) avec dilatation urétérale droite (ð) à l'UIV. b : agrandissement sur la région du méat urétéral.

FIG. 4-27. - Lésion végétante de la face latérale gauche (è)d'aspect infiltrant à l'échographie endovaginale : tuberculose (lésions rénales gauches).

Au stade chronique

L'aspect radiologique typique est celle de la petite vessie dont la capacité est très réduite, souvent inférieure à 100 cc du fait d'une sclérose frappant surtout le détrusor et aboutissant par la dilatation forcément limitée du trigone à la vessie trigonale avec une implantation haute des uretères (fig. 4-28). L'épaississement considérable de la paroi donnant une image de double contour à la cystographie apparaît évident sur les explorations en coupes (écho, TDM).

Le RVU lié à l'hyperpression vésicale et à la rigidité des orifices urétéraux est fréquent. Parfois la vessie est déformée de façon asymétrique avec un aplatissement localisé, une incisure ou une attraction supérieure d'une corne.

FIG. 4-28.-Vessie trigonale tuberculeuse.

(a) Cliché d'UIV. (b) Agrandissement sur la vessie. Petite vessie à la paroi épaissie et irrégulière avec ascension de la base et sténose des méats urétéraux. Amputation calicielle supérieure droite et dilatation du reste du pyélogramme droit en amont d'une sténose pyélique.

Traitement

Après l'institution du traitement médical (antituberculeux + corticoïdes) d'autant plus efficace que les lésions sont jeunes, des UIV répétitives sont nécessaires pour la surveillance des lésions dont l'évolution favorable au niveau de la vessie permet d'éviter une entérocystoplastie d'agrandissement. L'échographie permet de surveiller la régression de la dilatation du haut appareil et l'évolution des poches claires, ainsi que l'absence d'atteinte génitale associée.

Les troubles vésicaux liés à la BCG-thérapie des tumeurs de vessie ne nécessitent habituellement pas d'imagerie.

BILHARZIOSE

Le diagnostic de la bilharziose dans les pays où le cycle du parasite ne peut pas s'effectuer doit être évoqué chez des patients provenant d'une zone d'endémie (Afrique tropicale Nord, Moyen-Orient, Afrique du Sud et Afrique Équatoriale), et en France surtout de patients du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal.

Anatomie pathologique - cycle

La vessie est constamment atteinte dans la bilharziose car c'est une zone traversée par les oeufs pondus par la femelle fécondée de Schistosomia Haematobium dans les veines hypogastriques et périvésicales. Les oeufs pondus près de la muqueuse vésicale sont facilement éliminés dans l'urine, s'accompagnant de phénomènes inflammatoires et d'hématurie, tandis que les oeufs pondus plus profondément vont évoluer vers des séquelles inflammatoires à type de granulomes, parfois calcifiés, et de sclérose expliquant les images radiologiques.

Les lésions sont surtout sous-muqueuses, respectent assez longtemps le muscle et atteignent souvent le trigone où l'atteinte de la musculeuse est responsable d'une fibrose du col vésical, et la face postérieure de la vessie.

La cystoscopie, indispensable, montre la coexistence fréquente de lésions d'âges différents : polypoïdes ou sableuses (« sandy patch ») témoignant de lésions actives à l'opposé des lésions cicatricielles conjonctives ou fibreuses ( parfois volumineuses : bilharziomes).

Le diagnostic est affirmé par la mise en évidence des oeufs dans les urines, dans les biopsies vésicales ou en cas de négativité par des biopsies rectales, parfois par des réactions immunologiques.

Imagerie

Sur l'ASP sont visibles les classiques calcifications linéaires pariétales, discontinues, asymétriques, pouvant au maximum réaliser la vessie porcelaine (fig. 4-29). Malgré la persistance de la contractilité vésicale, ces calcifications sont un signe de gravité. Beaucoup plus rarement des calcifications urétérales ou un bilharziome calcifié sont rencontrés.

FIG. 4-29. - Bilharziose.

ASP : calcifications pariétales (è) ne respectant que l'extrême partie droite de la vessie.

L'UIV montre l'uropathie obstructive pouvant aboutir à l'insuffisance rénale, en rapport avec une sténose intra-murale ou juxta-vésicale des uretères. La paroi vésicale est irrégulière avec rarement des images lacunaires liées aux bilharziomes ou a des calculs radiotransparents (fig. 4-30). L'évolution se fait vers une petite vessie, identique à celle de la tuberculose avec des sténoses urétérales associées à une béance des méats favorisant le reflux objectivé par la cystographie rétrograde.

FIG. 4-30. - Cystographie. Bilharziome vésical gauche (è).

A l'échographie outre la dilatation urétéropyélocalicielle, l'épaississement et les irrégularités de la paroi sont bien visualisées contrairement aux calcifications pariétales. Le rôle de l'échographie apparaît surtout important dans les zones d'endémie pour le dépistage des atteintes rénales et vésicales ainsi que pour le dépistage des tumeurs.

En effet la bilharziose favorise le développement de tumeurs de vessie de type carcinome épidermoïde différents des carcinomes à cellules transitionnelles habituellement rencontrés au niveau de la vessie (fig. 4-31). Une interférence avec le métabolisme du tryptophane a été accusée.

FIG. 4-31. - Tumeur vésicale sur lésions de bilharziose.

TDM. Volumineuse tumeur (5 cm) de la face antérieure avec extension à la graisse chez un homme. Calcifications (è) sur une coupe avant injection (a) et rehaussement périphérique lors du bolus (b).

Il peut exister des localisations génitales : cervico-vaginales (colposcopie et biopsies) et des pseudo-tumeurs vulvaires bilharziennes de grande dimension.

Les examens d'imagerie (UIV et écho) permettent la surveillance de l'évolution sous traitement médical et chirurgical (réimplantations urétérales, cystoplastie d'agrandissement, entérourétéroplasties).

CYSTITES CHRONIQUES

Les cystites chroniques répondent à de nombreuses étiologies. La capacité est souvent réduite. La paroi est épaissie, parfois diverticulaire avec un retentissement sur les méats urétéraux à la fois sténosant et/ou refluant (fig. 4-32). Un épaississement irrégulier parfois pseudotumoral peut s'observer (fig. 4-33).

FIG. 4-32. - Cystite chronique sur obstacle urétral.

Cystographie. Petite vessie de lutte diverticulaire avec aspect rigide des parois.

FIG. 4-33. - Cystite chronique avec remaniement pseudotumoral des parois en coupe axiale T2 à l'IRM.

MALAKOPLAKIE

La malakoplakie vésicale est plus fréquente chez la femme que chez l'homme. Elle est de loin l'atteinte la plus fréquente des localisations urinaires et génitales de la maladie qui sont plus fréquentes que les localisations extra-urinaires (tube digestif, rétropéritoine, etc).

Elle s'intègre dans le cadre des maladies des macrophages comme les maladies de Whipple et de Chedrak-Higashi, la pyélonéphrite xanthogranulomateuse ou l'orchite granulomateuse, maladies au cours desquelles on retrouve un trouble local et général de l'immunité.

Les lésions macroscopiques sont constituées de plaques (plakos) molles (malako) surtout sous muqueuses, jaune-grisâtres ou brun ocre, de 1 à 10 cm, parfois ulcérées, siègeant avec prédilection au niveau du trigone, de la zone inter-urétérale et des orifices urétéraux (expliquant le retentissement sur le haut appareil). Histologiquement la maladie est caractérisée par la cellule de Von Hauseman, macrophage transformé contenant les granulations pathognomoniques de Michaelis-Gutmann, en rapport avec une anomalie chimique située au niveau des microtubules lysosomiaux.

La cystite est souvent hématurique, récidivante et rebelle aux traitements. Parfois la révélation peut se faire par une pyélonéphrite aiguë ou une pyurie à colibacilles.

L'imagerie qui doit éliminer la tuberculose et la bilharziose, n'apporte pas d'élément particulier en dehors des signes de cystite, parfois d'une lésion nodulaire du trigone ou d'une éventuelle sténose urétérale juxtaméatique responsable d'une urétérohydronéphrose, exceptionnellement associée à des lésions rénales pseudotumorales. En réalité, seul l'examen histologique des biopsies permet d'effectuer le diagnostic.

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